CIMQUSEF'2006

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Communication 12

 

 

 

 

Les nouvelles stratégies d’apprentissage, mécanismes et pratiques de mise en œuvre

 

N. LAKHDARI et M. LAKEHAL - Algérie

 

La « Science » est au coeur de cette bataille de l’intelligence et bientôt la force d’une nation ou d’une région, se mesurera en nombre d’innovateurs, de chercheurs et de brevets déposés. Le monde est désormais perçu comme complexe et imprévisible. La science est au coeur de nombreuses controverses sociétales et pédagogiques son image est ternie ; elle est souvent mise en débat : Quels sont les facteurs prépondérants qui affectent la qualité de l’enseignement ?

 

Schématiquement, on peut distinguer deux grandes tendances :

  1. une conception historique, presque « religieuse », où la science apparaît comme un objet monolithique, inattaquable, un bloc à apprendre et à accepter. C’est le « front du savoir » qui avance en se nourrissant d’abstractions. On ne peut se positionner qu’au dedans ou au dehors de ce système. La science décrit des vérités qui sont autant de lois de la Nature. Nous devons nous plier à ses exigences disciplinaires. C’est le culte du programme scolaire ou universitaire. On peut rapprocher cette vision de celle de l’éducation de base (lire, écrire, compter) tout à fait essentielle mais qui par le prolongement de ses méthodes conduit à un apprentissage livresque des sciences. Cette voie privilégie la théorisation qui a toujours été la voie de l’élite dans le passé. C’est la science de beaucoup de mathématiciens et de physiciens. 

  2. une conception plus contemporaine est apparue dans les années 1980. C’est une vision plus « libertaire » qui fissure le système ancien. La connaissance est fragile. L’illusion de tout comprendre un jour s’est effondrée. Les vérités immuables sont devenues éphémères et révisables. La complexité s’impose et on a bien conscience de se trouver sur un chemin très étroit, de ne disposer que d’une faible lueur pour éclairer et comprendre son environnement. C’est la science des biologistes et des médecins. Comment « généraliser » dans de telles conditions et parvenir à un projet pédagogique relativement simple et assimilable par les élèves?

 

 Les deux approches vont fortement influencer la pratique enseignante et la réceptivité des élèves et des étudiants. En effet, l’enseignant du supérieur estime qu’il a bien fait son travail lorsqu’il a distribué de manière claire et logique un savoir. Réfléchir sur la pédagogie, c’est porter attention à l’étudiant (et non plus seulement à son contenu à enseigner). Cela implique une relation d’un nouveau type, une relation solidaire entre les acteurs. Cette relation devient celle du maître et du compagnon et elle se bâtit autour de l’« ouvrage ». La formation de l’étudiant se construit à deux et non plus par l’enseignant seul. On retrouve ainsi la notion de discussion critique entre le maître et ses élèves au cours de laquelle l’ensemble des protagonistes tiraient profit de l’apprentissage.

 

Repenser le système, mais comment ?

 

Un grand chantier de réflexion devrait être ouvert à ce niveau, comment construire une relation mutuellement bénéfique enseignant- apprenant ?

L’enseignement est à la fois un enseignement de contenu et un enseignement d’attitude et de méthode. Si le programme est essentiel, il est important d’harmoniser les pratiques pédagogiques et les contenus.

 

De ce fait, la revalorisation conceptuelle et opérationnelle de la fonction enseignante constitue une priorité. Une réflexion doit être menée dans ce sens pour mobiliser des acteurs de la formation, prévoir une « aération » du processus, se fixer des objectifs et avancer étape par étape à travers des méthodes actives afin de faciliter la construction d’un apprentissage en profondeur et une réelle appropriation des savoirs. Elles doivent conduire l’élève ou l’étudiant à saisir le sens des activités proposées, à utiliser les connaissances déjà acquises, à chercher les ressources pertinentes, à faire preuve d’esprit critique, à confronter les points de vue, à intégrer des savoirs nouveaux et à établir le bilan de ses propres compétences. Bref, à être ouvert sur l’extérieur. Il serait intéressant d’étayer ce mécanisme à travers quelques réflexions:

 

  1. Centrer la formation sur l’étudiant (l’élève), par des expériences actives et non passives

  2. Accorder un espace de liberté au maître et à l’élève et favoriser l’investigation expérimentale.

  3. Saisir toutes les possibilités pour mutualiser les pratiques scolaires et celles du monde de la culture scientifique (forum des sciences, ateliers scientifiques, …)

  4. Faire bénéficier les apprenants des technologies électroniques qui doivent intégrer systématiquement et en profondeur la pédagogie. Il ne s’agit pas de choisir entre « académisme » et « présentation virtuelle » mais d’intégrer les deux pour développer l’imagination. Les étudiants doivent avoir le réflexe d’utiliser quotidiennement l’ordinateur. Les salles multimédias, les médiathèques sont maintenant fréquentes dans toutes les universités. Ce sont des lieux extraordinaires de documentation.

  5. Emprunter une démarche active (travaux pratiques, projets, …),

  6. Croiser les activités économiques, les applications du quotidien, y compris selon le cas, les pratiques techniques.  

 

L’objectif est d’essayer de bâtir un projet systémique associant tous les partenaires du monde scientifique et technique. Le système éducatif ne doit de ce fait, pas se replier sur lui-même, bien au contraire il doit cadrer avec le processus évolutif dans lequel il doit s’inscrire, où les acteurs (enseignant, chercheur, manager) seront des leviers importants maîtriser le processus (définir des objectifs, décrire et optimiser les étapes, mettre en place un système d’évaluation adapté,  ), car le statut actuel, ne place pas sur un pied d’égalité ces diverses activités. Il est devenu une évidence que la mission pédagogique ne se situe pas au même niveau de reconnaissance que la mission scientifique. Il est totalement illusoire d’imaginer que les universitaires vont s’investir avec détermination dans la formation des étudiants si ces efforts, qu’exige la société, ne leur permettent pas d’en tirer profit et par conséquent leurs générer de la valeur ajoutée.

Si nous souhaitons mettre en place de véritables équipes pédagogiques, celles-ci doivent pouvoir être reconnues et labellisées au même titre que les équipes de recherche. Un véritable responsable des études doit se situer au même niveau qu’un directeur de laboratoire ( des dispositions organisations sont à adapter en fonction du contexte de l’institution et sa politique de développement). Les pratiques devront, par conséquent être « reconstruites » et dans ce cas, la  rénovation s’impose par :

  1. La mise en œuvre d’un plan d’investissement permettant d’allouer les ressources nécessaires pour optimiser le fonctionnement des institutions et garantir une qualité irréprochable de l’enseignement.

  2. L’intégration dans les pratiques usuelles,  une approche de projets scientifiques permettant aux étudiants de «s’ouvrir» aux pratiques modernes (une logique management de projet et la gestion opérationnelle des activités). L’étudiant réalisera son projet à son rythme ; l’essentiel est qu’il s’y investisse avec détermination.

  3. Le coaching et l’accompagnement des élèves par un personnel qualifié tout au long du cursus (logique tutorat).

  4. L’évaluation de l’étudiant sur les projets (recherches bibliographiques, mémoires,…) Il est étonnant de constater que les universitaires n’ont toujours pas compris l’importance des bibliothèques. Il faut les utiliser plus régulièrement dans la démarche de formation. L’enseignant de cours devrait être autant un fédérateur de savoirs qu’un transmetteur de connaissances. A l’enseignant de faire distinguer à ses étudiants le vrai du faux et l’essentiel de l’inutile. Il est capital que l’étudiant quittant l’université ait appris à s’interroger sur les réalités des savoirs et qu’il ait acquis les clés nécessaires pour maîtriser ces sources d’informations.

  5. L'évaluation appropriées des enseignements ont partie du quotidien, elle peut être effectuée par les étudiants eux même, à travers leur perception à travers des critères préalablement définis.

  6. L’organisation pédagogique des universités: L’évolution des missions des enseignants vers ces nouvelles pratiques pédagogiques impose une autre organisation de l’université et une reconnaissance de ces missions (directeurs des études, équipes pédagogiques,…)

 

 

L’université ne retrouvera une crédibilité que le jour où elle saura résoudre ce type de problèmes.

 

Tout n’est pas seulement affaire de savoirs académiques disciplinaires. La science s’est toujours nourrie de la réalité quotidienne, de son passé et de projections sur l’avenir. Une science qui cesserait d’être à l’écoute de la société se condamnerait à mourir. La science est faite par des femmes et des hommes, elle doit être au service des femmes et des hommes. La science est également un facteur de socialisation très puissant. Son enseignement doit transmettre des vertus telles que la vérité, la critique permanente de son action, l’humilité, la mesure et la valeur des mots. La science actuelle est de plus en plus complexe à enseigner. Il est légitime d’exiger un effort de la part de nos étudiants et de nos élèves. Nous savons tous qu’ils ne manquent ni de volonté ni de courage. Il est impératif de fournir aux jeunes qui s’engagent sur le chemin des études une information complète sur les objectifs et les exigences de la formation. Cette démarche pour être efficace doit recueillir l’adhésion des jeunes. C’est en partie grâce à ce dialogue que les étudiants reprendront plus nombreux le chemin de l’université. C’est sur cette base que nous devrons bâtir un nouveau contrat social universitaire.